La sagesse de Gabriel Puaux, haut-commissaire de la République française en Syrie et au Liban (1939-1940)

Face à la folie des hommes, il convient de rappeler la sagesse de quelques-uns.. Notamment ceux qui ont eu l’opportunité de diriger la Syrie. Tel fut le cas de Gabriel Puaux, haut-commissaire de la République française en Syrie et au Liban (1939-1940) connu pour avoir agi « en faiseur de paix ».

Le mandat français en Syrie et au Liban, institué par la Société des Nations le 25 avril 1920, avait comme vocation première d’accompagner ces pays au chemin de l’indépendance après des siècles de domination et de tutelle ottomane.  L’Empire ottoman a gouverné d’une main de fer ces territoires alliant force et flexibilité comme l’atteste la relative autonomie du Mont-Liban.

Le traité de Paris signé le 22 décembre 1936 reconnaissait l’indépendance de la Syrie (et du Liban) et prévoyait le maintien des forces françaises dans les territoires des Alaouites et des Druzes.

Mais ce traité ne sera jamais ratifié notamment pour des raisons géostratégiques.  Ainsi Gabriel Puaux, Deux années au Levant (1), énonce que « c’est là-bas que passe la nouvelle route des Indes : celle des avions et des camions, là-bas que coulent les sources du pétrole ; c’est sur cette côte que s’édifie notre base d’opérations en Proche-Orient » et il conclut que « tout nous commande donc de rester au Levant ».

Quel est le but du mandat français au Levant ?  « faciliter le développement progressif de la Syrie et du Liban comme Etats indépendants »

Le dépositaire du mandat français était admiratif du peuple syrien qui « a donné des empereurs à Rome, des pères à l’Eglise et auquel l’Islam doit de grands serviteurs à ses khalifes ».

C’est cette admiration qui a poussé le diplomate français à « agir en faiseur de paix » notamment pendant les manifestations en faveur de l’indépendance de la Syrie.

-Agir en faiseur de paix : la réaction du dépositaire du mandat français face aux manifestations  du Bloc

Le Bloc, coalition politique importante, lutte pendant les années 30-40, pour l’indépendance de la Syrie. Suite à la non-ratification du traité de 1936, les villes favorables au Bloc accueillent Puaux avec froideur. Le Bloc se saisit de l’institution d’un statut permettant les mariages civils et les changements de religion pour demander l’abrogation du statut et surtout la mise en place de l’indépendance.

Face à une manifestation qui était formé majoritairement de sunnite dirigé par les ulémas, monsieur Puaux ne va pas choisir la politique selon laquelle il faut diviser pour régner étant donné qu’«en Orient le sang coule aisément ; le massacre y demeure un mal endémique ». 

Puaux aurait pu diviser les Syriens, il aurait pu accroître la peur des minorités ou pis encore les utiliser en sa faveur. Mais il refusa cette facilité. Il écrit ainsi que : « rien n’eût été plus aisé que de lancer les escadrons druses à l’assaut des souks de Damas : leurs ancêtres en connaissaient le chemin. Mais qu’y eussent gagné la France et la Syrie ? »

Le dépositaire du mandat français refusa d’user de la force de manière disproportionnée pour diverses raisons et notamment la suivante :  « L’usage de la force est vain et il est toujours dangereux de créer des martyrs. Quel écho aurait éveillé dans tout l’islam les événements de Damas, si des manifestants étaient tombés sous les balles françaises ? »

Pour résoudre le différend,  il n’appliquera pas les dispositions du statut à la communauté sunnite et dès lors « les ulémas rentrèrent dans leurs mosquées, l’épicier dans sa boutique du souk noir et le maraîcher dans son jardin de la Gouta ».

La lecture du livre de Gabriel Puaux ne peut être que bénéfique pour les dirigeants actuels de Syrie.

(1) http://www.amazon.fr/Deux-annees-Levant-souvenirs-1939-1940/dp/B005KJYXPE