Gabriel Puaux : « La question syrienne est insoluble pour un esprit cartésien »

 

L’avant-propos du livre du Haut-Commissaire de France au Levant, Gabriel Puaux, Deux années au Levant (1939-1940) (1) permet de comprendre la démarche intellectuelle du diplomate français.

Démarche qui sera analysée en deux temps : d’une part la volonté de Gabriel Puaux de ne pas  établir sa politique sur un mode de pensée occidental préétabli et  d’autre part la nécessité de ne pas se cantonner à l’esprit cartésien.

Monsieur Puaux ne tend ni à  imposer de force les idéaux de la Révolution française de 1789 ni à être le garant de la mission civilisatrice française  au Levant.  Ainsi dans l’avant-propos, le Haut-Commissaire énonce qu’un Français au contact de civilisation différente de la sienne « doit avant tout se convaincre qu’il est d’autres modes de pensée que celui où il se complaît et qu’il lui faudra, s’il veut se faire entendre, tenir un langage et adopter une attitude d’où la logique et peut-être même la clarté seront parfois exclues ». Il convient cependant de rappeler que de nombreux dépositaires de la France au Levant ont pu considérer que la France était chargée d’une mission civilisatrice au Levant (2).

A la clarté, et à la déduction, Gabriel Puaux va préférer l’intuition.  Le diplomate énonce que « la question syrienne est insoluble pour un esprit cartésien. Je me décidai d’oublier les enseignements du Discours de la Méthode et m’engageai dans une politique d’où se trouvaient absentes l’induction et la déduction. »

Comparaison n’est pas raison mais 70 ans plus tard, la question syrienne et levantine reste insoluble pour un esprit cartésien. A se demander si comme Kamal Joumblatt, il est souhaitable de considérer que « Descartes n’est pas passé par le monde arabe ».

(1) http://www.amazon.fr/Deux-annees-Levant-souvenirs-1939-1940/dp/B005KJYXPE

(2) Bokova Lenka. La Révolution française dans le discours de l’insurrection syrienne contre le mandat français (1925-1927). In: Revue du monde musulman et de la Méditerranée, N°52-53, 1989. Les Arabes, les Turcs et la Révolution française. pp. 207-217.http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/remmm_0997-1327_1989_num_52_1_2301